selon Jean Poulit
Ingénieur des Ponts, ancien préfet et expert en aménagement du territoire
L'homme interagit avec le territoire qu'il parcourt quotidiennement. Les hommes ne se déplacent que pour accéder à des biens convoités, dont le supplément de valeur par rapport aux biens accessibles sur place, est supérieur au coût du déplacement.
Les notions de performances économiques et naturelles des territoires découlent de l'analyse des enquêtes de transport effectuées depuis 25 ans, étudiant l'interaction entre l'Homme et le territoire parcouru quotidiennement.
Ces enquêtes ont permis de mettre en évidence que nombre de déplacements et temps qui y est consacré sont invariants alors que vitesse et portée des déplacements augmentent. Dès 1980, Yacov Zahavi, ingénieur-chercheur au Département des Transports de Washington DC, a constaté que les gains de temps résultant des gains de vitesse sont en totalité réinvestis dans les transports par la croissance des distances parcourues.
L'analyse des enquêtes de transport a conduit le gouvernement à édicter, avec l'instruction-cadre du 25 mars 2004, une harmonisation des méthodes d'évaluation des grands projets d'infrastructures de transport, sur la base des travaux conduits par Jean Poulit. L'évaluation des projets d'après la méthodologie développée par l'annexe 2 de l'instruction-cadre permet d'établir des comparaisons sur une base rationnelle et de chiffrer la valeur pour le territoire du projet analysé. Cette création de valeur est dépendante de la vitesse et de la portée des déplacements. Selon Jean Poulit, à chaque augmentation du temps de trajet de 10 minutes la destination perd 2,7 fois sa valeur initiale.
Univers de choix, vitalité économique et bien-être
La vitalité économique d'un territoire repose sur 4 facteurs : des cerveaux bien formés qui travaillent ensemble.
Les infrastructures de transport favorisent la mobilité. Pour un temps de transport donné, plus le nombre d'emplois est élevé, plus les emplois sont en adéquation avec les formations, mieux les compétences de chacun sont utilisées et plus la productivité individuelle est importante. Un territoire bien desservi permet ainsi aux hommes de travailler en coopération et induit, grâce à un meilleur échange de savoir-faire, la création de richesses plus nombreuses par interpénétration et meilleure adéquation des marchés des actifs et de l'emploi. L’extension des univers de choix permet également d’accroître le bien-être de leurs habitants en favorisant l'accès aux espaces de loisirs tant naturels que culturels.
Supplément de richesse et compensation des nuisances
La comparaison des salaires entre territoires associée au niveau de desserte démontre une corrélation impressionnante entre suppléments de salaires ou PIB et suppléments d'utilité liés aux destinations économiques commodément accessibles.
Selon les calculs effectués par Jean Poulit, 45% de la richesse produite dans notre pays résulterait du phénomène d'amplification des productivités permis par l'existence d'infrastructures de transport, quant aux nuisances induites elles s'élèveraient à 3,5% de la richesse produite.
Effet réseau – maillage du territoire
La faible densité moyenne de la France, contrairement au nord de l’Europe, induit une organisation spatiale spécifique ainsi que des transports dont les performances en termes de vitesse doivent être supérieures à celles des pays à forte densité. Les aires métropolitaines sont les lieux d'intenses échanges de savoir-faire entre les hommes. Ces aires métropolitaines sont les principaux vecteurs de la croissance économique du pays.
Bien relier les aires métropolitaines entre elles par des transports à grande vitesse est crucial pour assurer la vitalité économique de tout le territoire, conforter son unité et assurer son intégration dans l'espace européen.
Projet partagé
Les infrastructures de transport sont un facteur nécessaire voire vital pour les régions enclavées mais non suffisant du développement économique. L'élaboration d'un projet partagé, porté à la fois par les citoyens, par les acteurs économiques et sociaux, et par les élus, constitue un levier indispensable au développement et permet de valoriser l'apport d'une infrastructure.
Une enquête KPMG menée en 2008 relève que pour 90% des dirigeants d'entreprises interrogés l'existence et la qualité des infrastructures impactent leur décision d'implantation et de développement. Les infrastructures de transport modifient les coûts de production et de distribution des biens, les conditions de concurrence et la taille des marchés.
Stratégie et propositions
- Inciter les décideurs à employer l'instruction-cadre du 25 mars 2004 pour évaluer les projets d'infrastructures
- Affecter une part de la création de richesse produite par les nouvelles infrastructures à la lutte contre les nuisances : cercle vertueux
La conférence du 29 juin 2009 de Jean Poulit est consultable en ligne sur le site internet dédié à la Ligne à Grande Vitesse






